18
juin 2015

Il y a peu, avec la Princesse Micaela nous écoutions une émission sur les magnifiques chants de Jean Ferat. Ils nous remettaient en mémoire cette si belle terre de France. Telles des bulles d’air pur qui éclosent à la surface d’une source, les souvenirs affluaient à notre mémoire, la beauté de nos montagnes, celle des gorges paisibles, la splendeur des champs de blé avant la moisson, les chemins creux et ombreux. Je me revois encore, jeune lycéen à Bordeaux, avec deux amis nous nous sommes loués pour les moissons. Nous partions avant l’aube, la grande faux sur l’épaule, la pierre à aiguiser dans son carquois humide, à la ceinture.

En ce temps là (1947) ni le tracteur ni la moissonneuse n’existaient, sauf de façon éparse. Durant toute la journée nous faisions crisser l’acier sur les tiges encore humides de rosée qui se couchaient doucement. Parfois on entendait le bruit de la pierre humide aiguisant une lame, tandis que les femmes derrière nous mettaient les épis en botte, tout en chantant des mélopées qui accompagnaient la cadence. C’était avant… Avant les effets du plan Marshall qui offrait aux paysans de France des machines: le tracteur Massey Fergusson. Oui c’était LE progrès. Or, pour que la machine soit rentable il fallait accomplir la douloureuse opération du remembrement. Mais celui-ci avait sa face cachée, le démembrement de petites exploitations au profit d’une plus grande donc plus rentable. Dans le même temps, afin d’agrandir les parcelles on arrache les haies où nichent les passereaux qui se repaissent d’insectes, pour la plus part nuisibles, on bouche les rus, ces petits ruisseaux qui drainent la terre. Enfin rendement oblige, on remplace l’assolement triennal par une monoculture intensive et perpétuelle. Alors que la sagesse poussait le paysan à semer, une année, des céréales, une autre il plantait des azotées qui amendaient la terre et la troisième année il laissait sa terre en jachère pour y faire paître les troupeaux de la commune, qui fertilisaient normalement cette belle terre de France. Elle se renouvelait de la sorte sans avoir besoin de produits chimiques, qui au final la détruisent, tout comme las salles de « shoot » rendent l’homme semblable à une blette.

L’agriculteur, jardinier, missionné de notre terre, sculpteur de nos espaces, se trouve de nos jours confronté à un dilemme éthique, préserver l’identité, la diversité de notre terroir et la saveur de nos aliments, ou bien accepter l’uniformité de monocultures intensives dont on constate partout les méfaits, jusque dans nos assiettes. Poussé à produire massivement, il est contraint de s’endetter pour acquérir des machines de plus en plus sophistiquées et performantes, puis des engrais chimiques afin de doper une terre qui s’appauvrit de plus en plus.

Etranglé par ses dettes , car entre temps le marché stagne ou s’effondre, l’agriculteur hypothèque sa terre. C’est le nouveau servage des temps modernes, pour le plus grand profit des banques et de l’Etat, qui entre parenthèse détiennent 75% de notre terroir… Quant à la P.A.C., elle ne profite qu’aux grandes exploitations et ses normes demeurent si obscures et astreignantes, que peu en profitent. Le gigantisme vers lequel l’agriculture évolue la rendra, un jour, nocive pour nos estomacs… Souvenez vous de la vache folle! et imaginez l’hécatombe si un nouveau virus envahit une étable de plus de mille bêtes, qui ne pourront jamais gambader dans les prés ! Alors ne vous étonnez pas si l’agriculteur se suicide! Ne soyez pas choqués de ce que nos terres arables, notre beau terroir de France devienne comme peau de chagrin! Ne vous plaignez pas que le béton envahisse nos terres cultivables, comme l’océan ronge nos côtes. C’est ainsi que des aéroports inutiles poussent en plein champs comme champignons vénéneux, que des chemins aveugles que sont les autoroutes ou le lignes TGV font de profondes saignées dans nos paysages. Aveugles car la vitesse empêche de contempler la beauté qui défile sous nos yeux et de pouvoir méditer un instant face à elle. Il serait peut-être temps d’écouter ces êtres de bon sens qui connaissent l’influence de la lune, la diversité des climats, le bon usage de l’eau, tout comme l’utilisation d’engrais naturels et celui de plantes qui écartent les insectes nuisibles.

L’agro-écologie n’a heureusement rien de politique, ni d’idéologique, puisqu’elle est fondamentalement pragmatique fondée sur les lois de la nature et sur le respect de traditions séculaires. Elle a su s’adapter à notre géographie, à notre histoire comme aux identités parfois si différentes de nos terroirs. Cette agro-écologie ne saurait obéir aux normes aveugles bruxelloises, fruit d’un rationalisme obscur et castrateur, né de cerveaux étroits, ancrés dans un modernisme qui se veut universel et qui en oublie que la diversité est inhérente à la vie. Alors que la seule et vraie voie est celle de la sagesse paysanne qui s’oppose de plus en plus à une économie mondialiste -qui s’essouffle- et à celle d’une consommation « du kleenex jetable » aboutissant au gaspillage de notre nourriture et à son appauvrissement en oligo-éléments.

Heureusement bon nombre d’agriculteurs nous prouvent que l’agro- écologie peut réussir et être économiquement rentable à l’échelle départementale, ce qui implique de nouveaux circuits courts de distribution et une autre façon de concevoir une véritable régionalisation, celle qui devrait pouvoir se bâtir à partir de notre terroir, répondant aux besoins de l’homme, du citoyen, et non selon des visées politiques éléctoralistes, façon détournée de renforcer un centralisme destructeur à la française qui n’aboutit qu’à l’appauvrissement du tissus social et à la désertification de nos campagnes.

J’ai foi en cette nouvelle génération qui a su conserver nos traditions en les adaptant au monde moderne. On pourrait alors rêver qu’un jour la France redevienne ce merveilleux jardin où il fait bon vivre ensemble. Alors, le soir au coucher de soleil, devant la fenêtre ou sous la tonnelle, on pourrait se dire:  » Que la Montagne est belle! » et remercier Jean Ferat de nous l’avoir chanté.

* Titre de la chanson de Jean Ferat.

2 Comments

  1. louis17 juin 19, 2015 11:02

    on ne sait pas encore les ravages causés par les produits chimiques censés donner de bonnes récoltes mais apportant peut être la mort via des maladies comme le cancer. Puissions nous ne jamais connaitre une hécatombe.
    NB : et en attendant je mange beaucoup de bio parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir.

  2. Guy Adain juin 19, 2015 1:07

    Oui, Monseigneur, la montagne est belle et votre Royaume est beau ! Mais qu’est-ce qu’il souffre !
    Les « bulles d’air pur » que vous évoquez existent bien, mais elles se raréfient, et sont plus présentes dans nos souvenirs que dans la réalité. Certes, il ne faut pas céder à la nostalgie du « c’était mieux avant », mais tout de même : quelle tristesse ! L’adage est ancien, pourtant quelle actualité :
    « C’est grande pitié au Royaume de France ».
    Vous nous dites avoir foi en la nouvelle génération, et vous nous donnez espoir ; mais quand même, où que l’on pose son regard, c’est la désolation, tout va à vau-l’eau…
    - Labourage et pâturage vont devenir les « mille mamelles de la France » et les nouvelles monstrueuses étables porteront bien leur nom de « vacheries ».
    - Mare Nostrum devient la Mer de la honte.
    - Toutes nos lois semblent concoctées par des apprentis sorciers séides de Lucifer, (mariage pour tous, GPA, Education Nationale, Fin de vie…)
    On veut nous faire croire que c’est : « la normalité » ! Dans tous les sujets, dans tous les domaines, de l’Art aux Zones de « Non-droit » qui s’étendent dans notre pays, l’on reste estomaqué par les orientations prises ; toujours à contre-sens ! Jamais très droites, toujours très gauches…
    Seulement voilà, jamais comme aujourd’hui on aura entendu dénoncer ces lois iniques. Les français n’en peuvent plus, ils le crient, et personne ne les écoute…
    Vous dites, Monseigneur, « J’ai foi en cette nouvelle génération qui a su conserver nos traditions en les adaptant au monde moderne. On pourrait rêver que la France redevienne ce merveilleux jardin où l fait bon vivre ensemble ».
    Les français, les Gens de France pensent comme vous, Monseigneur, et ils le disent, et ils l’écrivent ; la coupe est pleine, la goutte d’eau salvatrice s’enfle, se fait belle, s’arrondit.
    Elle ne va plus tarder à choir ; et ?
    Le reste est à suivre !

    Guy Adain

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