11
juin 2016

La liberté n’est pas née en 1789, mais il est vrai qu’elle a, cette année là, changé de sens. Auparavant ce mot, souvent pluriel dans son acception politique, évoquait les « franchises et privilèges » que chaque communauté humaine, ville, ordre ou corporation avait été amené, à travers le temps, à négocier avec son seigneur ou son suzerain. Ces libertés étaient autant de chartes ou contrats, d’engagements réciproques, écrits ou non écrits dont la somme constituait la France et par opposition aux empires despotiques, un modèle d’Etat de Droit qui savait évoluer dans le temps.

Faute d’avoir su renégocier ces liberté en 1789 pour se réformer de gré à gré sous l’arbitrage du Roi, qui les y invitait depuis des années, les corps constitués en furent réduits à s’auto-dissoudre devant la nouvelle définition de la liberté, inspirée de l’idéologie philosophique du temps des Lumières, rattachant le concept de liberté à l’individu et non plus au groupe. Cette nouvelle liberté n’est pas contractuelle ni négociable, elle s’affirme désormais comme créatrice et comme objet du politique.

Nous nous trouvons de nos jours dans la même situation bloquée de 1789. Si l’on ne parvient pas, dans l’urgence, à faire évoluer la société tout comme la prise de conscience des Français, nous risquons de reproduire le même terrifiant schéma de 1793, en donnant libre cours à des débauches d’énergies destructrices. Mais les choix à faire ne concernent plus seulement la France sinon aussi l’Europe, ce continent malade de son obésité technocratique, sans aucune stratégie politique (au sens noble du terme) à long terme, ventre mou que l’Islam radical est en train d’engrosser en catimini, dans sa volonté de détruire notre chrétienté et notre culture. Dans la conjoncture présente, il est également évident que l’axe Paris-Bonn a fait son temps, remplacé par la réal-politique, cette alliance contre nature de Bonn avec le potentat d’Istanbul d’un côté et par la soumission aux U.S.A.via le traité « TAFTA », sorte d’éponge absorbante de toutes nos libertés. Construire l’Europe parait une telle évidence que l’on semble même plus se poser les questions: Pourquoi? Comment?… En fait on a voulu faire l’Europe sans avoir réfléchi ni su comment la construire, et, en créant ce plus grand marché, nous avons donné la priorité aux vertus du quantitatif et du politique, sans en percevoir les tenants et aboutissants, nous avons généré de la sorte des crises répétitives dans des secteurs toujours plus nombreux de notre économie, de notre santé, de notre culture et ainsi ouvert la porte à un nombre croissant de drames humains, de malheurs et de souffrances, car l’égocentrisme des puissances d’argent est un frein à toute solidarité, à tout regard altruiste.

Ces pouvoirs aveugles autant qu’abstraits, au nom d’une idéologie réductrice, confisquent nos libertés et la France désaxée, démissionne. Ainsi nous assistons à une double crise: crise existentielle de la démocratie, cornaquée par l’idéologie d’une gauche en morceaux, sans aucune stratégie à long terme pour un avenir viable pour tous, tandis qu’une minorité de corps constitués tient à défendre ses privilèges et ses acquis d’un autre temps, maintenus par des prébendes injustifiées et scandaleuses et qui, pourtant, fondent au soleil de la mondialisation. Alors on s’accroche à ces planches, pourries par le temps qui passe, qui est déjà passe… Et les médias complaisants ne sont pas en reste pour nous mettre la tête sous l’eau ! Tandis qu’une large majorité de Français silencieuse et souffrante veut travailler et justifier à ses propres yeux sa volonté de vivre.

L’autre crise provient du délabrement spirituel de notre enseignement qui pousse les jeunes générations dans l’impasse, le ressentiment et la haine, car le chômage à la sortie des études est plus que présent et les perspectives d’avenir (en France) naviguent sur un océan de ténèbres que l’on tente de camoufler sinon d’effacer, dans quel but? Enseigner, il y a encore quarante ans, était une mission, celle de forger des êtres qui puissent affronter la vie, en leur fournissant des armes intellectuelles et un savoir pour exister et créer. Qu’avons nous besoin de ces théories abscons du « genre », inventées outre Atlantique et que l’on veut imposer aux très jeunes, alors que la Nature, plus sage, nous indique le respect de la diversité? Qu’avons nous besoin de parler un dialecte arabe, alors que la plupart des jeunes ne savent même pas parler le français, ni l’écrire. Et nous avons compris, par ailleurs, que le multi-culturalisme est un leurre dangereux dont le résultat serait une bouillabaisse pourrie sans espoir et l’éradication des racines de notre civilisation!

Aujourd’hui presque tout le monde a oublié la puissance du Verbe, fondé sur l’Amour. Qui nous enseigne que chaque être doit pouvoir atteindre sa verticalité (à l’inverse des limaces) et donc prendre conscience de sa responsabilité dans notre monde, dans la mesure de ses propres talents? Au cours de notre éducation on nous assène des « permis-défendus » à tout va, mais on ne nous dit rien de la responsabilité individuelle, ni de l’écoute des autres, du don d’amour qui nous est accordé pour toute la création divine, qu’il s »agisse de la terre, des plantes, des animaux ou de notre prochain. Rien! Pourtant depuis l’origine des temps, les textes sacrés, les mythes et les légendes nous parlent un seul et même langage. Par le truchement des paraboles, des symboles, des archétypes, les contes initiatiques ne cessent de nous montrer la voie pour que la vie devienne une symphonie. Pour que l’humanité accède à la Royauté de l’Homme.

Voila pourquoi je tiens, aujourd’hui, à insister sur des notions que la « modernité » semble avoir oublié, qu’elle a parfois même inversées. Dans les temps anciens les symboles étaient d’un usage si courant que chacun en comprenait l’usage à sa mesure. Ainsi pour tous, les labyrinthes des cathédrales avaient un sens précis et une signification que chacun était en mesure de percevoir. Le temps et l’ignorance accrue de certains clercs les ont presque tous effacés, un grand nombre d’entre eux avait perdu une connaissance qui leur avait été transmis dans les origines de l’âge d’or. Dans ces époques lointaines, les symboles n’étaient pas l’apanage des seuls initiés. Une personne tant soit peu cultivée pouvait apprécier la valeur du mot symbole qui vient du grec: SUNBOLEIN ce qui unit et ce qui rassemble. Son contraire, l’autre face de la médaille est DIABOLEIN, ce qui désunit et disperse, le diable. Depuis ses origines l’Homme a toujours été en équilibre précaire entre « SUN » et « DIA », en équilibre précaire entre deux pôles, entre le chaos primordial et l’ordre cosmique. Notre humanité se doit alors d’accomplir le chemin initiatique du labyrinthe intérieur pour retrouver et épouser en soi les énergies divines, puis de manifester à l’extérieur de soi, par rayonnement l’harmonie qui devrait s’en dégager.

Aujourd’hui tout nous pousse à refuser cette dimension intérieure au lieu de la faire mûrir puisqu’elle appartient à chacun, si chacun voulait le comprendre! Y a-t-il plus belle image pour illustrer mes propos que l’idéogramme chinois « WANG » qui signifie le roi. Il est composé de trois traits horizontaux: le ciel,l’homme et la terre; ces trois traits sont traversés en leur mitan par un trait vertical. On pourrait l’interpréter, dans notre actualité, comme le symbole du règne animal, du règne végétal et du règne minéral axés sur l’Homme dans sa verticalité, fléau de la balance entre chaos et ordre, responsable de la création divine sur terre pour que règnent l’amour, la paix et la justice à l’image de ce qui est ordonné en haut dans la Jérusalem céleste.

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